Pour Pénélope, Francisco Tropa utilise comme modèle initial une édition d’António Soares dos Reis (1847 – 1889) sculpteur néo-classique portugais, connu pour ses statuettes allégoriques, qu’il personnifie sous les traits de personnages vêtus à l’antique. Son œuvre Saudade, figure universelle ...
Pour Pénélope, Francisco Tropa utilise comme modèle initial une édition d’António Soares dos Reis (1847 – 1889) sculpteur néo-classique portugais, connu pour ses statuettes allégoriques, qu’il personnifie sous les traits de personnages vêtus à l’antique. Son œuvre Saudade, figure universelle de la mélancolie, orne sa propre tombe et sera très couramment reproduite dans les cimetières. Francisco Tropa rapproche cette sculpture de la représentation archétypale de Pénélope qui de tous temps fut une figure inclinée.
L’architecture de son corps est une succession d’inclinaisons : en contrapposto, un bras plié contre son buste, soutenant le coude de l’autre bras, qui soutient à son tour sa tête penchée de côté. Cette figure de la mélancolie introduit la question des représentations stéréotypées du corps féminin à travers l’histoire de l’art. Les contours de Pénélope sont altérés par le processus même de production mis en œuvre par Tropa, qui aboutit à une défiguration de son modèle. La forme de Pénélope est en effet le résultat d’une série de moulages de la cavité intérieure d’une statue. Par ce procédé, la silhouette de la statue s’amenuise au fil des moulages successifs. Au fil du processus d’altération, la silhouette de Pénélope ne se résume plus qu’à ces inclinaisons. De manière paradoxale, tandis que l’on retire de la matière au modèle, la figure altérée semble se couvrir d’un voile, ou s’envelopper dans un linceul. Cette nouvelle forme « informe » peut être vue comme une traduction de la ruse de Pénélope, défaisant chaque nuit le linceul qu’elle tissait le jour, mais aussi comme la représentation d’une pulsion créatrice contenant sa propre destruction.